Fêtes de Cour et comédie ballet (II) : évolution du genre jusqu'à nos jours

Publié le 11 décembre 2009
Image du film Le roi danse de Gérard Corbiau
Ballet de la nuit
© Image du film Le roi danse de Gérard Corbiau
 
La comédie ballet, œuvre de commande pour la majorité, a connu de multiples réappropriations au cours de son histoire, évoluant et survivant jusqu'à nos jours.
 
Réception et représentation

Genre nouveau tel que le concevait Molière dans sa préface des Fâcheux :

" On s'avisa de coudre [ces manières d'intermèdes] au sujet...et de ne faire qu'une seule chose du ballet et de la comédie....C'est un mélange qui est nouveau pour nos théâtres ".

La comédie ballet est le lieu où s'accomplit l'union harmonieuse du texte et de tous les arts de la scène. Cette nouveauté allait résister même si elle devait subir toutes les réappropriations et intrusions.

Dépassant les fêtes éphémères de la Cour et de Versailles, les comédies ballets ont survécu, offertes au public parisien, reprises sur d'autres scènes, au théâtre du Palais Royal d'abord, puis dès 1680, à la Comédie Française. Avec ou sans leurs agréments, elles défient les âges et les interdits, voire les contrefaçons (se référer à la lettre de cachet du Malade Imaginaire). Parfois négligées, considérées comme spectacle marginal et carnavalesque par l'histoire littéraire, elles sont jugées genre mineur dont seul le texte intéresse. Le reste, au nom d'une certaine épure, n'est que « turlupinade ».  Dépossédées  pour certaines de leurs intermèdes musicaux et dansés, telles Le Malade imaginaire et Le Bourgeois gentilhomme jouées au XIXème siècle avec un minimum d' « ornements », les comédies ballets soulèvent la question de la représentation de l'œuvre. A ce sujet on se reportera au remarquable document  de la Comédie Française qui livre un historique des représentations et de la réception de ce spectacle d'un nouveau genre.

Interprétation et régénération
La question de la forme de représentation de la comédie-ballet s'est posée au cours de son histoire et se poursuit encore sur scène. Depuis plusieurs années, l'enthousiasme et l'empressement du public pour le théâtre baroque, la fascination qu'exerce Molière dramaturge ravivent la question de la représentation, et de fait celle de l'interprétation de l'œuvre.

Cette quête de l'interprétation se manifeste dès les années 1980 par une volonté de se rapprocher de l'intention première, de retrouver une certaine authenticité. Le mouvement du renouveau baroque initie alors une démarche d'interprétation sur instruments anciens et impulse un travail d'exhumation des œuvres. Le CMBV voit le jour en 1987, date à laquelle William Christie recrée Atys de Lully.

Cette redécouverte du compositeur italien se fait aussi grâce à Jean-Claude Malgoire et son ensemble La Grande Écurie et la Chambre du Roi ou encore à Hugo Reyne et la Symphonie du Marais. Tous font revivre les compositions du maestro italien sur le registre du comique et de la légèreté. Les comédies ballets se jouent « avec tous leurs ornements ».  Le Bourgeois gentilhomme, par Le Poème Harmonique sous la direction de Vincent Dumestre et de Benjamin Lazar, avec son éclairage XVIIème à la bougie, illustre un souci de retour aux sources, d'une recréation de la cohérence et de la féérie du spectacle d'origine.

Au delà de la reconstitution historique, la réinterprétation et la fantaisie de l'invention n'échappent pas à ces artistes de talent qui explorent toutes les virtualités de la musique de Lully : vivacité et expressivité, airs virtuoses, chœurs puissants, danses rustiques et bucoliques. Parallèlement se donnent des mises en scènes qui se veulent une actualisation et une exploration du genre.

On pense au Mariage forcé, récemment à l'affiche à la Comédie française.

On se souvient de l'interprétation de Béjart autour de l'œuvre de Molière également à la Comédie française.  Véritable chorégraphie du texte où la danse développe et porte le Verbe ; rhétorique des corps et des mouvements, qui pose la question de la réappropriation de l'œuvre.

La comédie ballet, bien plus qu'un simple divertissement, est le lieu d'expression et de langage de l'artiste, donnant à voir une littérature de musique, faite de danse et de chant. Régénération intrinsèque à l'oeuvre qui ne cesse de se renouveler offrant à nos regards tous les champs des possibles. La comédie ballet n'a pas vieilli, bien au contraire, elle s'offre une nouvelle naissance.

 

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