La guerre des images dans l'affaire Dreyfus

Publié le 08 mars 2010

Caricature antidreyfusarde contre la première révision judiciaire, L'Anti-Prussien, 9 octobre 1898 /
La Vérité sortant du puits, tableau dreyfusard par Édouard Debat-Ponsan, Musée d'Amboise
 
© Collection Musée de l'Histoire vivante -Montreuil / Musée d'Amboise

L'Affaire Dreyfus a divisé la France en deux au tournant du XIXe et du XXe siècle. L'affrontement a été virulent entre dreyfusards et anti-dreyfusards du premier procès de 1894 à la réhabilitation de 1906.

L'Affaire suscita une véritable explosion de la presse, où le rôle des images fut très important. Le Petit Journal se vendait à l’époque à un million d'exemplaires, avec son supplément hebdomadaire illustré à couverture en couleurs. Si d'autres supports de propagande que la presse furent utilisés, affiches (Dreyfus est un traître reproduite à 36 000 exemplaires, à laquelle répondit l'affiche Dreyfus est innocent), tracts, calendriers, médaillons, jeux de l'oie… La place des dessinateurs de presse s’est affirmée mais il faut remarquer que l’influence sur l’opinion n’a pas été absolue. Alors que près de 90% des journaux étaient anti-dreyfusards, la majorité du pays a admis l’amnistie de 1899 et la réhabilitation de 1906.

Les caricatures furent cependant une arme redoutable : on trouve nombre de portraits hideux stigmatisant le juif, déformant le visage aux traits réguliers de Dreyfus ou ridiculisant ses partisans dans la série d’affiches Musée des horreurs.

En feuilletant la presse antidreyfusarde (Pstt... !, La Libre Parole, L’Anti-prussien, L'Intransigeant...) ou dreyfusarde (Le Sifflet, L'Aurore, Le Figaro, La Revue Blanche, La République française), on prend la mesure du talent des dessinateurs qui s'engagèrent dans l'un ou l'autre camp : Caran d'Ache mit son brio au service de l'antisémitisme ; sa caricature montrant une famille divisée continue d’être reproduite, d’autres dessins sont moins connus ; le joli coup de crayon de Forain fit la une de plusieurs numéros du journal Pstt…!

Le camp dreyfusard compta, lui aussi, des artistes de talent, Steinlein, le syndicaliste anarchiste Grandjouan ; certaines œuvres, tels l'allégorie italienne de la réhabilitation ou le dessin néerlandais de la justice triomphatrice, témoignent de l'imagination de leurs auteurs.

Avec le dessin de presse, d'autres formes d'expression sont présentes dans l’Affaire : le peintre Debat-Ponsan s'engage dans le combat dreyfusard avec La Vérité sortant du puits ; la peinture Zola aux outrages montre Zola en butte aux huées de la foule ; une figuration étrange évoque le procès de Rennes et fait planer, sur la salle des audiences, le fantôme du colonel Henry !

Les collections d'archives publiques ou privées conservent certaines images peu connues, tels les croquis saisis sur le vif pendant le procès de Rennes, ou Zola figuré en archange.

Un siècle plus tard, les passions ne sont pas complètement éteintes. Ainsi la sculpture Hommage au capitaine Dreyfus de Tim, installée boulevard Raspail, fait souvent l’objet de vandalisme et de graffitis antisémites. Ces actes auraient été impossibles si cette commande publique de l’État avait été placée dans une cour de l’École militaire, comme prévu initialement. En cette enceinte où Dreyfus fut dégradé en 1894 puis promu et décoré en 1906, c’est une simple plaque qui fut apposée en 1998, au centenaire du J’accuse de Zola.

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