Ecouter le paysage pour élaborer une géographie sonore

Publié le 28 août 2010
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L’objectif de ce travail réalisé en lycée agricole est d’appréhender le paysage dans sa dimension sonore, de pratiquer une analyse paysagère à partir des productions sonores du site.

Une démarche commune, dans les lycées agricoles, consiste à apprendre aux élèves à « lire le paysage » pour en comprendre l’histoire, la logique, l’évolution… en passant par l’approche sensible. La dimension visuelle est souvent privilégiée.

La démarche présentée ici s’appuie sur un travail d’écoute conjugué à une pratique active. Il s'agit de réaliser une géographie sonore du lycée sous la forme de pièces sonores, à la manière des «cartes postales sonores » d’OUÏE-DIRE production, que nous avons nommées « indoor-outdoor sounds »

 

Une pédagogie de l’écoute, l’écoute de « soundscapes »
Pour aiguiser la perception auditive, et se préoccuper de la production sonore du paysage, une mise en condition est nécessaire :

> écoute de documentaires sonores
> rencontre avec des productions inhabituelles de musiciens qui ont travaillé avec, dans et sur le paysage.

Ces musiques électroacoustiques et concrètes peu familières, rapprochent de LA MUSIQUE, conscience naissante du fameux « du moment qu’il y a le son, il y a la musique » de John Cage.

De l’écoute du paysage à l’écriture d’une géographie sonore
Deuxième étape de la démarche : l’exercice pratique de l’expérience sensorielle, l’écoute du paysage. Dans le lycée, des poses de 3 à 5 minutes permettent d'écouter le paysage, assis ou debout, dans un certain « recueillement » inhabituel à l’école.  Il s'agit ensuite de mettre des mots, de nommer ambiances, sensations, perceptions, sources, matières sonores, ou de dessiner les sons, de leur donner forme et couleur. L’exercice demande une énergie et une concentration particulières. Il impose à chacun d’écouter et non d’entendre, de faire modestement silence pour écouter le son et le silence. Avec la collaboration de musiciens du Collectif le M.A.T.R.I.C.E., l’étape de la captation sonore peut commencer. L’établissement est séparé en deux :

> le côté lycée (les salles de cours, le restaurant scolaire, le foyer socioculturel, les cours, le parc...)
> le côté exploitation (les serres, les jardins, les espaces verts…) où se déroulent les travaux pratiques.

Ces deux espaces sont séparés par l’autoroute A6, et reliés par un passage sous autoroute.

L’enregistrement des sons (avec des magnétophones numériques et analogiques, des téléphones portables,…) consiste à saisir les particularités de ces espaces, pour constituer une carte de géographie sonore de l’établissement. Les sons sont réécoutés, sélectionnés, et mixés pour constituer des pièces sonores. Elles sont alors diffusées dans des espaces du lycée éloignés des lieux de captation, afin de les mettre à distance de leurs sources et les mettre en valeur.

…« indoor-outdoor sounds » Les pièces réalisées côté lycée sont diffusées côté exploitation horticole, dans des cabines d’écoute installées dans les serres. Les pièces réalisées côté exploitation sont diffusées côté lycée. Ce décalage entre sources sonores et lieux de diffusion doit provoquer l’attention, la curiosité. Il s’agit maintenant d’inviter les jeunes et les adultes - n’ayant pas participé à l'expérience - à s’aventurer dans la proposition de « soundscapers », à se risquer dans l’expérience de « indoor-outdoor sounds ».

…un paysage re-découvert par le son L’expérience est parfois déstabilisante : les jeunes peu habitués à se préoccuper des sons du quotidien ont trouvé un plaisir inattendu dans la phase concrète de captation et de mixage. La création de pièces sonores a pu s’apparenter - à leur insu - à de la musique concrète.

Par cette approche sonore des espaces du quotidien, il est possible :

> d’aiguiser l’écoute,

> de redécouvrir le paysage au-delà de ce qui semble banal et familier,

> de l’apprécier au niveau sonore,

> de l’investir en terme de qualité et de richesse des sons,

> de s’interroger sur le rapport de l’homme à son environnement.

Dans une culture où l’oeil est sollicité sans cesse, envahi d’images jusqu’à saturation, ouvrir les oreilles est urgent pour écouter tous ces objets sonores du monde qui nous entoure, et rencontrer le paysage et sa musique.

 

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